PASCAL VILCOLLET

© Philippe Frisée

© Philippe Frisée

Pascal Vilcollet est un peintre dont la pratique fait preuve d'une grande proximité avec une tradition de la peinture figurative. C’est pourtant avec une installation que Pascal sera présent lors de l’exposition trajectoire. Une oeuvre très éloignée de son travail en peinture qui ne manquera pas d’interpeler. Présentation de l’artiste et son travail.

Article écrit par Bruno Godard pour le magazine Lui, Automne 2018

PASCAL VILCOLLET

ÂGE: 42 ANS
SITUATION: EN COUPLE
PÈRE SPIRITUEL: PIERRE SOULAGES
NATIONALITÉ: FRANÇAISE

Un vaste atelier du 5e arrondissement de Paris, niché dans une ancienne usine de robinetterie qui, en attendant de faire le bonheur des promoteurs, abrite des artistes en résidence. Un joyeux bric-à-brac de pinceaux, de pots de peintures, de toiles adossées contre les murs, de sculptures aux formes et aux couleurs étranges. Et au milieu, Pascal Vilcollet. Il travaille depuis l'aurore.

«Je suis un peintre qui a une vie de bureau, explique-t-il. Je ne sais pas imaginer une toile, il faut que je sois dans mon atelier, entouré de mes pinceaux et de mes peintures. C'est là que l'inspiration arrive, de manière presque automatique... »

L'homme peint vite, de manière fulgurante, capable de travailler nuit et jour, sans relâche, pour préparer une expo en moins d'un mois. Diplômé de l'École professionnelle supérieure d'arts graphiques de la ville de Paris en 2005, Pascal Vilcollet est un homme pressé.

«Les profs nous disaient:"Surtout ne devenez pas peintre, vous ne pourrez pas en vivre !" Mais pour moi, c'était impossible de renoncer à ce rêve.»

Quelques mois après son diplôme, alors qu'il se promène rue de Lille, il voit une sculpture qui lui plaît dans une vitrine. Il pousse la porte, discute avec le galeriste et lui montre son travail sur les quelques photos qu'il a en mémoire dans son téléphone. Le marchand lui prend une toile qu'il vend le soir même. Dans le mois, il écoule cinq tableaux. En 2006, les deux hommes montent une expo qui rencontre un vif succès : « On a tout vendu, raconte l'artiste. Mais au bout de six mois, plus de nouvelle du galeriste. Il était parti avec une bonne partie de l'argent qu'il me devait. Je l'ai cherché, je ne l'ai jamais retrouvé. Maintenant, je ne lui en veux plus, même si j’en sors un peu désenchanté par ce milieu.»

Au fil des années, le jeune peintre s'endurcit et comprend que les grands galeristes qui faisaient des carrières n'existent plus vraiment. L'heure des marchands est venue, il faut s'adapter: «Au début, je n'avais pas compris le jeu de la vente mais, avec le temps, j'ai appris. J'évite les trucs mondains. Je ne suis pas un ermite, mais ça ne m'intéresse pas. Je sais que je pourrais vendre plus si je me montrais davantage mais, maintenant, j'ai des clients qui viennent à l'atelier et, avec eux, c'est bien plus simple. » Pendant des années, Pascal Vilcollet n'a réalisé que des toiles figuratives. Portraits de stars, d'anonymes ou d'animaux, natures mortes...

Il commence à s'en éloigner: «Ma peinture était un peu trop narrative, mais j'aimais ça, car je contrôlais tout. Aujourd'hui, j'arrive à lâcher un peu et donc je tends de plus en plus vers l'abstraction. Je peux peindre une tâche et ne plus avoir peur du jugement des autres, car j'ai été rassuré. Pourtant, pendant longtemps, j'ai pensé que je n'avais besoin de personne, mais c'était tout le contraire. On a besoin du regard de ses pairs.» Alors qu'il travaillait toujours dans l'urgence, il a décidé de prendre du temps, de tester de nouvelles choses, pour surprendre et se surprendre.

Après une exposition collective en Allemagne cet automne, il présentera ces nouvelles créations en mars 2019 à Paris, à la galerie Guida Romero Pierini. Pour poursuivre son oeuvre, même s'il n'aime pas ce mot qu'il considère bien trop pompeux. «Je me considère seulement comme un mec qui peint bien, comme un artisan. Pour moi, être artiste, réaliser une oeuvre, c'est finaliser quelque chose, être en bout de course, avoir dit tout ce qu'on avait à dire. Ou bien être un génie pur et avoir définitivement marqué son art. Pierre Soulages est un artiste. Comment je pourrais affirmer que je le suis aussi ? Je me dis simplement, quand je vais bien, que j'y arriverai un jour. Peut-être. . . »

Retrouvez cet article dans le numéro Automne 2018 de Lui Magazine.


Le moins que l’on puisse dire, c'est que la pratique de Pascal Vilcollet fait preuve d'une grande proximité avec une tradition de la peinture figurative.

Au niveau de ses motifs et de ses références, le rapprochement est tel que l'on serait tenté de l’assimiler à un travail de citation, de réinterprétation, voire d'hommage à l'égard d'illustres prédécesseurs. Pour autant, un regard plus attentif sur la peinture de Pascal Vilcollet permet de considérer que le travail de citation connaît ses contradictions, ne serait-ce que par l'utilisation de techniques mixtes, et parfois de la peinture acrylique, là où ses devanciers employaient uniquement la peinture à l'huile. D'un point de vue purement visuel, les motifs sont sans doute identiques, mais leur consistance estompe a volonté de corroborer avec exactitude au réel, à la réalité de ce qui est représenté, ainsi qu’ambitionnaient !es Anciens.

La flamme vacillante d'une bougie ou le caractère soyeux des drapés pouvait, par exemple, tirer profit d'une peinture à l'huile plus à même de restituer une texture suintante et quasiment tactile. Les corps et les chairs eux-mêmes étaient soutenus par une teneur, une épaisseur peut-être, en mesure de rendre force et vigueur aux postures qui se dessinaient.

Pascal Vilcollet, lui qui ne se focalise jamais véritablement sur la peinture en tant qu'art de la représentation, mais on constate, à mesure que l'on avance dans l'exposition, l'introduction progressive d'éléments picturaux qui viennent perturber la réalité figurative, pourvu qu'ils demeurent propices à un parcours du regard et à une évaluation qui, à défaut d'être narrative, n'en reste pas moins éminemment visuelle : ainsi des peintures qui se fragmentent graduellement en de multiples plans sans lien apparent ainsi également des aplats de couleur aux contours indéfinis qui se déversent de façon aléatoire sur l'espace de la toile, tandis que des filaments se tortillent en des trajectoires à la fois rectilignes et sinueuses.

De même, sans doute s'agit-il de s'atteler à un exercice pictural où la figuration, et avec elle, la virtuosité manuelle, ne sont que des outils aptes à rejouer des motifs préalablement identifiés, estimés et appréciés, avec les yeux du peintre davantage qu'avec ceux de l'amateur d'art, de sorte que ce qui incombe pour l'artiste puisse relever de l'échange, de la rencontre avec ses prédécesseurs, sinon de la comparaison, voire de la confrontation.

Julien Verhaeghe, critique d'art

© Guido Romero Pierini

© Guido Romero Pierini

© Pascal Vicollet

© Pascal Vicollet